Histoire d'une construction
 

A la fin du XIIIe siècle, on découvre le "charbon de terre" dans le Borinage (Flénu, Boussu) et dans la région Carolorégienne (Jumet, Charleroi).

Le Hainaut, situé sur les bassins de l'Escaut et celui de la Meuse, est une terre riche et industrielle. Hélas, il ne possède pas de grandes voies navigables hormis l'Escaut à l'Ouest et la Meuse à l'Est mais qui sont à cette époque sous utilisés.

L'origine du canal du Centre

Les rivières n'étant pas encore exploitées, le transport du minerai dont la demande augmente sans cesse, est acheminé par petites quantités sur des routes peu rassurantes, en mauvais état et jonchées de nombreux postes de péage.

Notons qu'à cette époque, le charbon du pays de Charleroi était expédié vers des villes comme Bruxelles, Malines, Louvain et Anvers.

Au XIVe siècle, l'industrialisation de la Belgique nécessite le développement de voies navigables dans tout le pays.

En 1550, la Haine qui n'est encore qu'un gros ruisseau tortueux, est canalisée et des écluses sont aménagées à Jemappes, à Saint-Ghislain et à Boussu. Dès lors, le combustible est transporté par voie d'eau sur des petites barques en bois.

Vers 1570 naît l'idée de construire un canal reliant Charleroi à Bruxelles et vers 1600 un autre reliant Mons à Bruxelles. D'autres projets seront également étudiés mais tous resteront sans suite.

Vers 1800, la Haine est pleinement exploitée grâce à l'emploi de bateaux dont le gabarit avoisine les 160 tonnes. Très vite, il s'avère indispensable d'établir une liaison fluviale entre les bassins hydrauliques de l'Escaut et de la Meuse.

En ce début de XIXe siècle, sous le régime français, on souligne l'importance des canaux.
Alors que l'activité de l'industrie dans le Hainaut ne cesse de croître, de nouveaux projets de canalisation apparaissent et se concrétisent. C'est le commencement d'un véritable réseau de voies navigables en Belgique, mettant en communication l'Escaut, la Haine, la Meuse et la Sambre ainsi que les départements hollandais et belges avec le nord de la France.

Carte des voies navigables belges en 1810

CARTES DES VOIES NAVIGABLES EN 1810 : ENTRE NAMUR ET CHARLEROY, LA SAMBRE EST CANALISEE. A CETTE EPOQUE IL N'EXISTE ENCORE AUCUN LIEN ENTRE LE BASSIN DE L'ESCAUT ET CELUI DE LA MEUSE. LE CANAL DE CHARLEROY A BRUXELLES APPARAIT DEJA SUR LA CARTE, MAIS LES TRAVAUX DE CONSTRUCTION NE COMMENCERONT QU'EN 1827.

Carte actuelle des voies navigables en Belgique

Le 18 septembre 1807, Napoléon Ier ordonne la construction du canal de Mons à Condé. Mis en chantier le 18 octobre 1807, les travaux dureront onze années. Le canal qui sera inauguré le 19 octobre 1818, permit de mettre en communication le Borinage et Paris via le canal de Saint-Quentin, également ouvert en 1818.

En 1803, un avant-projet du canal Charleroi à Bruxelles est établi par les ingénieurs Vionnois et Minard. Mais la guerre fait obstacle à la réalisation du canal. C'est en 1827 sous le régime hollandais et sous la direction de l'ingénieur Jean-Baptiste Vifquain J.B. que commenceront les travaux de construction. Pour réduire la consommation d'eau, Vifquain J.B. dessinera un nouveau type de bateaux.

Croquis d'un Baquet de Charleroi (ou sabot) conçu par l'ingénieur Vifquain
Baquet de Charleroi conçu par l'ingénieur Vifquain.
 
Baquet de Charleroi sur le canal du Centre
UN BAQUET DE CHARLEROI
© MICHEL MAIGRE - JUILLET 1998
Baquet de Charleroi sur le canal du Centre
UN BAQUET DE CHARLEROI
© MICHEL MAIGRE - JUILLET 1998

Ces "baquets de Charleroi" mesuraient 21 mètres de long, 2 m 60 de large et jaugeaient 70 tonnes.

L'inauguration du canal aura lieu le 22 septembre 1832 en présence du ministre de l'intérieur, Monsieur Theux de Meyland. En 1839 sont inaugurés les embranchements de Houdeng et Mariemont. Ceux-ci joueront un rôle important dans la construction du canal du Centre.

Mais Napoléon Ier souhaitait prolonger la navigation vers la Sambre et la Meuse. Le 29 avril 1810, alors que l'empereur visite les travaux du canal Mons à Condé, il reçoit de l'ingénieur en chef Piou, un avant projet de jonction avec la Sambre. Un mois plus tard, le projet était approuvé par décret. L'histoire du canal du Centre commence ici.


Les différents projets de construction

Entre 1811 et 1871, onze projets virent le jour, mais ne reçurent aucune suite. Indépendamment des circonstances liées aux différentes périodes ( napoléonienne, hollandaise), sans parler des révolutions que connut la France et la Belgique, les problèmes étaient surtout liés à l'irrégularité du terrain. Il fallait non seulement franchir une dénivellation de 90 mètres entre le canal de Charleroi à Bruxelles et le canal de Mons à Condé mais également tenir compte que les rivières locales ne pouvaient fournir suffisamment d'eau pour alimenter les écluses.

Voici dans l'ordre chronologique les 11 projets :
Hageau1 (1811), Tarbé1 (1812), De Puydt (1826), Vifquain J.B. (1834), Vander Elst1 (1835), Dubois-Nihoul1 (1840), Alexandre Vifquain1 (1841), Denis2 (1847), Dubois-Nihoul (1860), Misalle (1861), Sainctelette et Michelet (1871). - [ Carte des différents projets ]

1 - Le tracé est dessiné sur la carte des projets.
2 - L'ingénieur adjoint Denis présenta deux projets.


Le tracé du canal du Centre

Le canal du Centre est unique dans le système des canaux belges. En effet, nulle part ailleurs, on ne constate une différence de niveau aussi grande sur un parcours aussi court. De son point initial, de l'embranchement de La Louvière, jusqu'à son extrémité, à Mons, la distance est de 21 kilomètres et sa dénivellation est de plus de 90 mètres.

Profil longitudinal du canal

Les principales difficultés à vaincre pour l'utilisation du canal, furent la grande différence de niveau, la faible quantité d'eau disponible pour son alimentation et la mauvaise qualité des terrains traversés par le canal (terrains houillers et calcaires). Sa consolidation nécessita des travaux de terrassement et de bétonnage considérables.

La première partie du canal, qui traverse les localités de La Louvière, Houdeng-Goegnies, Houdeng-Aimeries, Strépy-Bracquegnies, Maurage et Thieu, est établie dans la vallée du ruisseau le "Thiriau" affluent de la Haine. Ce tronçon long de 7 kilomètres descend une pente rapide. La seconde partie, comprise entre Thieu et Mons, descend une pente plus douce sur une distance de 13 kilomètres.

Le paysage change également selon que l'on se trouve dans l'une ou l'autre partie du parcours.
En effet, si les 7 premiers kilomètres traversent un écrin de verdure bordé d'arbres, la seconde est entièrement à ciel ouvert.

Tracé du Canal du Centre

Dès 1871 le gouvernement belge décide de construire le canal. Des études effectuées par l'administration des Ponts et Chaussées pour résoudre les difficultés relatives à la réalisation du canal et la vive opposition de certains milieux craignant que le nouveau canal ne porte préjudice aux intérêts du chemin de fer, ajournerons une fois de plus la construction.

Finalement la décision de joindre la Sambre à l'Escaut tombe le 4 août 1879.

Le canal empruntera la vallée du Thiriau entre La Louvière et Thieu, puis descendra la vallée de la Haine jusqu'à Mons, passant ainsi de la cote 121,00 à La Louvière à la cote 31,00 à Mons.
La dénivellation de 90 mètres sera rachetée dans la partie aval du canal à l'aide de 6 écluses de 4,00 mètres de chute et 5 écluses de 4,20 mètres de chute et une de 2,26 mètres de chute et dans sa partie amont à l'aide de 4 ascenseurs de type Clark ( 1 de 15,40 mètres de chute et 3 de 16,93 mètres de chute. L'utilisation d'ascenseurs est justifiée par la forte déclivité du terrain et par leur faible consommation d'eau (60 fois inférieure à celle d'une écluse).
Le creusement du canal débute en 1882.

En novembre 1878, les ingénieurs belges sont envoyés en Angleterre pour étudier le fonctionnement de l'ascenseur hydraulique d'Anderton construit en 1875 par Edwin Clark, l'inventeur de la technique. A leur retour, ils remettront les conclusions de leur étude au ministre des Travaux publics, Sainctelette.

 
Début 1879, un avant-projet sera signé entre Edwin Clark, l'ingénieur Nolet de la firme Clark, Standfield et Clark de Londres et l'ingénieur Kraft de la société Cockerill de Seraing.
La société Cockerill fournira les parties métalliques de l'ascenseur.

Le creusement du canal débute en 1882 et la construction de l'ascenseur no 1 en 1884. L'inauguration aura lieu le 4 juin 1888 par le roi Léopold II.

Plaque sur laquelle est gravée Société Cockerill Seraing
Photo du montage des sas de l'ascenseur no2 à Houdeng-Aimeries Photo du montage des sas de l'ascenseur no2 à Houdeng-Aimeries
Montage des sas de l'ascenseur de Houdeng-Aimeries
© exMTP : EM1832; EM1834 ( SECTION PHOTO-VIDEO 1998 )

En 1909, la construction des trois autres ascenseurs débute. A ce moment il reste encore cinq kilomètres de canal à creuser. En 1914, les travaux de construction sont presques terminés ainsi que le montage des ascenseurs lorsque que la guerre éclate.
C'est l'occupant allemand, qui trouvant la voie navigable stratégique, entreprit de terminer les travaux. Au cours du mois d'août 1917, le canal du Centre sera définitivement ouvert à la navigation.

 
Les informations de base ont été fournies par la Direction Générale des Voies Hydrauliques.