Description du pont

Conception de l'ouvrage

Vu sa fonction et ses dimensions imposantes, le pont-canal du Sart a demandé une étude architecturale soignée, accompagnée d'une réflexion urbanistique et paysagère de façon à réussir son intégration.

De par son volume et sa masse, l'ouvrage s'affirme de lui-même. Point n'est donc besoin de le surcharger d'accessoires autant inutiles qu'ostentatoires voire agressifs. Au contraire, la simplicité des formes, la lisibilité naturelle des fonctions, la qualité des parements et la discrétion des équipements conduisent à une structure reposante et agréable à regarder.

Vue d'ensemble du pont-canal
Vue d'ensemble du pont-canal
© Michel Maigre - 7 mai 2001
Vue de la courbe du bajoyer
Vue de la courbe du bajoyer
© Michel Maigre - 7 mai 2001

Sous l'aspect technique, la conception d'un pont-canal demande de prendre en compte des paramètres particuliers, qui requièrent une connaissance approfondie ainsi qu'une grande expérience dans plusieurs disciplines qui relèvent de l'art de l'ingénieur.

  • En premier lieu l'hydraulique et ses applications, pour la mise au point des détails constructifs adaptés à la présence permanente d'eau dans l'ouvrage.
  • Ensuite, la résistance des matériaux et la stabilité des structures, dont la maîtrise doit être parfaite pour l'élaboration, le suivi et la gestion d'un projet d'une telle envergure.
  • Enfin, la grande masse de l'ouvrage et l'importance des charges qui y sont associées nécessitent de tenir compte de façon la plus réaliste qui soit des conditions géotechniques et des caractéristiques du sous-sol.

Ainsi, la conception de l'ouvrage doit réaliser la synthèse d'impératifs techniques très spécifiques, tout en conduisant à une grande qualité esthétique et à la meilleure intégration dans l'environnement.

En particulier, le matériau retenu, à savoir le béton armé et précontraint , présente le meilleur rapport qualité-économie. Les parois du bac, appelés bajoyers, ont des épaisseurs importantes comme il convient aux ouvrages hydrauliques.

De même, la précontrainte tant transversale que longitudinale assure une compression complète bidirectionnelle pour éviter la formation de fissures au sein du béton que l'on veut étanche.

Le nombre limité de points d'appuis résulte de la prise en compte de différents aspects esthétiques et techniques, dont entre autres :

  • l'utilisation des bajoyers de très grande raideur comme élément résistant longitudinal
  • la continuité de l'élément porteur longitudinal (le bac du pont-canal), favorable à la bonne tenue de l'ouvrage en cas de séisme
  • la recherche de transparence sous l'ouvrage
  • la visibilité nécessaire à la sécurité des automobilistes qui emprunteront les multiples voies de circulation qui traversent le site

Enfin, les dimensions imposantes de cet ouvrage sont quelques peu atténuées par le choix de colonnes circulaires et des formes galbées pour la sous-structure (entretoises ) et les rives du tablier-bac (bajoyers).

Vue des entretoires sous le tablier-bac
Vue des entretoires sous le tablier-bac
© Michel Maigre - 7 mai 2001
Vue du bajoyer et des colonnes
Vue du bajoyer et des colonnes
© Michel Maigre - 7 mai 2001

Ces dernières, inclinées, offrent de par leur forme une protection des parements de l'ouvrage contre les précipitations et garantissent ainsi la pérennité de leur aspect.

La qualité des parements en béton est recherchée par l'utilisation de matériaux de premier choix et l'usage de coffrages d'aspect voligé.


Principales caractéristiques

Le tablier a une longueur totale de 498 m, comptée entre les deux joints de dilatation disposés à l'avant des culées. La forme du parement de ces dernières est identiques à celle du tablier, de telle manière à donner l'impression que le tablier pénètre progressivement dans les talus en remblai . Le tablier comporte 13 travées centrales continues de 36 m de portée, prolongées par deux travées d'extrémité en porte-à-faux de 15 m.

Vue en élévation du tablier
Vue en élévation du tablier - © Michel Maigre - 2002

Les colonnes d'appui circulaires de 3 m de diamètre reposent sur des semelles carrées de 10 m de côté, fondées chacune sur 9 pieux forés tubés de 1,50 m de diamètre. Les charges portées par les différentes colonnes sont de l'ordre de 6000 tonnes. Dans le sens transversal, le schéma d'appui du tablier-bac est isostatique avec une rangée de piles sous chaque bajoyer.

Le fond du tablier est porté par des entretoises distantes de 4,5 m. Leur forme en ventre de poisson permet de réduire leur impact visuel (hauteur de 1,3 m aux extrémités et de 3,0 m au centre). La dalle de fond a une épaisseur de 40 cm minimum. Cette épaisseur est portée à 60 cm pour les entretoises sur pile.

Coupe en travers du pont-canal Vue d'une entretoise sur son chevalet d'attente
Coupe en travers du pont-canal
© Michel Maigre - 2002
Vue d'une entretoise sur son chevalet d'attente
© Michel Maigre - 7 mai 2001

Les bajoyers sont inclinés vers l'extérieur avec un fruit de 5/3, ce qui confère une meilleure section mouillée pour la navigation. Cette forme garantit d'autre part une plus grande protection du béton structurel des bajoyers et permet de limiter la poussée des glaces. L'épaisseur minimum du béton des bajoyers est de 90 cm.

La précontrainte (voir rubrique "La Précontrainte Freyssinet") des murs latéraux (bajoyers) est du type centré (6 unités 27T15 pour chaque mur) pour les phases de poussage. Elle est complétée par 3 unités 27T15 ondulées, tendues lors de la mise sous eau.

La précontrainte des entretoises est composée de 4 câbles (2 unités 19T15 et 2 unités 27T15). Pour les entretoises en travée, les deux grosses unités sont ancrées dans la partie supérieure des bajoyers afin d'y reporter les importantes charges.

La précontrainte est réalisée à l'aide de torons T15 gainés graissés. Ce choix permet un ajustement éventuel de la précontrainte ainsi que son remplacement le cas échéant, durant la vie de l'ouvrage.

Les culées sont construites en fin d'entreprise, après la stabilisation des tassements des remblais à réaliser.

Afin d'accélérer les tassements, des drains verticaux sont par ailleurs prévus à l'arrière de la culée Ouest. A cet endroit, l'épaisseur de la couche médiocre sous-jacente est de 5 à 6 m et les tassements attendus sont de l'ordre de plusieurs dizaines de centimètres (cumulée du tassement instantané et du tassement différé).

 
Les informations de base ont été fournies par la Direction Générale des Voies Hydrauliques.